Poète, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle / Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux / Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle / Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux / Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire / Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur / Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre / Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur / Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées / Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées / Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu / Éveillons au hasard les échos de ta vie / Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie / Et que ce soit un rêve, et le premier venu / Inventons quelque part des lieux où l'on oublie / Partons, nous sommes seuls, l'univers est à nous. (De Musset, La Nuit De Mai)
Alors ça y est, je suis mort. Je ne pensais pas que ce serait aussi rapide. Pour tout dire ; je ne m'y attendais même pas, Mais peu importe, maintenant c'est fait.
J'avais un peu mal au début, mais c'est passé. J'avais un peu froid, mais je suis réchauffé, Le noir me faisait peur, mais maintenant, tout est blanc. Blanc et noir, je ne sais plus, mais je me sens si bien…
Je me sens tellement libéré, si loin de tout le reste. Je pourrais passer l'éternité à écouter cette musique ; Elle est si belle, elle semble m'accompagner dans ma solitude. Tout parait si loin, si peu important maintenant…
Je me sens voler par-dessus la terre, Par-dessus le ciel, les mers, les océans, Je suis si léger, mon esprit s'en va ; Mes songes se mélangent avec la conscience Si j'avais su que ce serait si facile…
Je dors, je rêve, je me noie dans mes songes, Je m'aventure au sein de mes plus grandes envies Une pensée pour ceux que j'ai laissé là-bas ; Qu'ils ne m'en veuillent pas, mais j'ai pensé à moi.
Je vais rester ici, du moins, encore un peu ; Le temps de m'habituer, le temps de me trouver, Je suis un peu chez moi ici, la maison dans ma tête ; Le royaume de mon esprit, le monde dans mon cœur. Il y a plein de gens, et tous, ils se sourient ; Quel bonheur sur leurs visages, Comme on est heureux.
Bien sûr elle est là, comment ne pouvais-je la voir ? Dans sa robe volant au vent, ses cheveux noirs s'éparpillant ; Son sourire est divin, je me rapproche d'elle ; « Bonjour, s'invite-t-elle, tu es enfin venu. – Oui, je suis arrivé, il était temps, hein ? » Ma main dans ses cheveux, que son regard est doux ! Mes lèvres doucement effleurent ses baisers, Je la prends par la main, combien de fois j'en ai rêvé ! Nous marchons au soleil, un pas vers l'avenir.