Poète, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle / Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux / Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle / Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux / Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire / Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur / Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre / Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur / Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées / Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées / Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu / Éveillons au hasard les échos de ta vie / Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie / Et que ce soit un rêve, et le premier venu / Inventons quelque part des lieux où l'on oublie / Partons, nous sommes seuls, l'univers est à nous. (De Musset, La Nuit De Mai)
Froid comme les glaciers du plus haut des sommets D’où s’échappent des vents dans lesquels nul ne vit ; Aussi dur que le roc de ces monts suppliciés Où, des pics escarpés, ne peut naître l’envie.
Plus aride que le sol des plus chauds déserts, Mais constamment caché des rayons du soleil ; Nulle joie n’a pu naître en ce lieu de misère, Nulle foi n’a jamais pu garder son éveil.
D’une noirceur pareille aux confins de la nuit, Il est tel le Néant ; aspirant la Lumière, Et tout cri s’élevant au pays de l’ennui. Désertées, délabrées, sont ruines et poussière.
Ne vous aventurez jamais dans cet enfer Qui ne sait arracher de vos peurs que vos pleurs ; Ou bien vous sombrerez, sans pouvoir en défaire, Dans les atrocités de ce cœur qui se meurt.