Poète, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle / Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux / Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle / Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux / Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire / Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur / Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre / Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur / Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées / Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées / Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu / Éveillons au hasard les échos de ta vie / Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie / Et que ce soit un rêve, et le premier venu / Inventons quelque part des lieux où l'on oublie / Partons, nous sommes seuls, l'univers est à nous. (De Musset, La Nuit De Mai)
Les hauts murs fortifiés battis dans mon esprit Semblent se rapprocher de mon cœur, sans répit Je le sens souffrir, dans cette maigre cour ; Je le sens tenter de crier au secours. Mais il a peur, il efface les traces Des coups répétés qui demandent grâce ; Les mots pleuvent sur lui jour et nuit, Le transpercent en secret, sans un bruit ; Pourtant il voudrait seulement Qu’on arrête ces châtiments ; Une trêve salutaire, Il supplie, genoux à terre ; Mais sourds à ses espoirs, Le plongent dans le noir, Ces lames, ces pieux, Qui font leurs adieux. Mais malgré ça, Au fond de lui, Il essaye, Il se lève, Il veut Crier, Haut, Fort.
Il veut briser ces murs, Eventrer ses geôliers ; Ne plus avoir à taire les cris se sa chair ; Hurler toute sa rage, en lui confinée ; Et ne plus se soucier, et ne plus se meurtrir, Hurler contre ces pages, fausse destinée ! Ne plus avoir à calculer le nombre de pieds de ses vers Et ne plus chercher les rimes indiquées.
Ne plus compter le temps restant, Ne plus chasser tous les instants, Ne plus Tenter De Les Combler.
Le temps, dit-on, est assassin, Tuons donc ce vaurien. Il nourrit ses plus noirs desseins Avec tous nos chagrins.
Laissez-moi disposer du mien Dont je sais qu’un bout du chemin S’écoulera main dans la main, Chaque jour, vers un lendemain.