Poète, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle / Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux / Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle / Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux / Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire / Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur / Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre / Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur / Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées / Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées / Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu / Éveillons au hasard les échos de ta vie / Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie / Et que ce soit un rêve, et le premier venu / Inventons quelque part des lieux où l'on oublie / Partons, nous sommes seuls, l'univers est à nous. (De Musset, La Nuit De Mai)
La chaleur de mon corps fait transpirer ma peau. Autour de moi j’entends, de la nuit, le tempo. Il fait très noir, c’est vrai, mais le feu nous anime. Il fait froid, c’est un fait, mais nous, immunisés, Avons trouvé l’outil pour nous diviniser.
Je m’arrête, un instant, mets ma main en appui ; Je laisse se fermer mes yeux ouverts depuis. Je sens dans tout mon corps, au fond de mes abîmes, Les danses effrénée de mon sang qui accourt. Tout semble se mouvoir au rythme des tambours.
Les chants tribaux m’entraînent à danser sur mon sort, Comme des Walkyries, sans cesse galopants, Sous la charge rythmée par le marteau de Thor, Qui à vive cadence secoue mes tympans.
Entre mes os s’écoule le Nectar divin ; Je possède en mon bras la force d’Héraclès ; Prêt à pousser les mers, rapprocher les ravins, Et libérer Atlas de sa tâche céleste.
De ma bouche les mots coulent comme les flots Du Styx, se déversant, au royaume d’Hadès. Je me sais assez fort pour vaincre mes sanglots, La Muse à mes côtés apaise ma tristesse.
Ô feu béni des dieux ! Vient me désaltérer ! Que ne s’assèche point mon envie de danser ! Ô ! Sers moi de ce philtre ! Vient me déterrer ! Et que cesse à l’instant mes envies de penser !