Poète, prends ton luth ; c'est moi, ton immortelle / Qui t'ai vu cette nuit triste et silencieux / Et qui, comme un oiseau que sa couvée appelle / Pour pleurer avec toi descends du haut des cieux / Viens, tu souffres, ami. Quelque ennui solitaire / Te ronge, quelque chose a gémi dans ton coeur / Quelque amour t'est venu, comme on en voit sur terre / Une ombre de plaisir, un semblant de bonheur / Viens, chantons devant Dieu ; chantons dans tes pensées / Dans tes plaisirs perdus, dans tes peines passées / Partons, dans un baiser, pour un monde inconnu / Éveillons au hasard les échos de ta vie / Parlons-nous de bonheur, de gloire et de folie / Et que ce soit un rêve, et le premier venu / Inventons quelque part des lieux où l'on oublie / Partons, nous sommes seuls, l'univers est à nous. (De Musset, La Nuit De Mai)
Quand je l’ai rencontrée une première fois, Sur le bord d’une route où j’allais autrefois, Elle allait, sans un mot, sans même un sac à dos, Marchant vers le soleil, elle allait sans fardeau.
Je me suis arrêté, et lui ai demandée En allant par ici, où elle se rendait. Elle m’a soufflé que de sa destination, Ses pieds bien entraînés ne faisaient attention.
Je lui ai bien proposée de l’accompagner, Mais du temps qui passait elle ne se souciait Elle m’a répondu sur un ton offensé : « Je n’ai besoin de personne pour avancer ».
Elle a donc suivit le Soleil qui descendait, Sans se préoccuper de ce qui l’attendait. Moi j’ai repris la route sans perdre de temps, J’avais bien trop à faire de celui restant.
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Je l’ai revue un jour d’été qui se levait, Me reposant alors au café – je buvais –, D’une aire d’autoroute, jetant un œil inquiet A l’heure qui tournait l’aiguille à mon poignet.
Elle était plus jolie que lors de ces pensées Où je la revoyais dans des lieux insensés, Je ne pouvais pas retomber dans ma détresse, Sans connaître son nom, connaître son adresse.
Je l’ai rattrapée peu avant qu’elle ne fuie, Avant que ses grands pas l’emmènent sans un bruit ; Mais quand ma main a voulu attraper ses doigts Ils n’ont fait que traverser quelque brouillard froid.
« N’essaye pas, jamais… », put-elle me souffler Avant que tout son corps ne se soit essoufflé «… d’attraper celle qui ne peut être tenue, ne peut être gardée là où elle est venue.
Je n’ai ni numéro, ni endroit où aller, Je n’ai pas même un nom qui puisse m’appeler. J’emmène à mes côtés ceux qui ont le courage De saboter leur vaisseau pour faire naufrage ;
De laisser derrière eux leurs prisons de cristal, Et d’oublier tout ce qui semble capital.
Beaucoup de prisonniers ne savent qu’y penser, Et restent là, coincés, ne sachant avancer. Beaucoup de leurs aînés ne savent qu’en parler, Alors que dans leurs cœurs ils devraient le hurler.
Mais dans leur vérité, je ne suis qu’inconscience, Je suis l’incarnation de toute imprévoyance.
Je suis le noir autour de leurs vies enterrées, Le noir loin à l’écart de leurs coins éclairés.
Ceux qui ont peur, jamais, ne pourront déserter, Mais ceux qui me côtoient me nomment Liberté. »